Aline ISOARD

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Durant les inévitables déplacements quasi quotidiens pour quitter mon village des Alpes, j’ai conservé de mon enfance le souvenir de ce jeu qui consiste à accommoder la netteté du regard sur les différents plans des paysages. Ainsi s’est formée une partie de l’empreinte ADN de mon travail.

Quand que je me laisse conduire, le véhicule avec ses multiples ouvertures/fenêtres devient mon studio mobile transparent placé sur des travellings géants, tourné vers la vie emportée transportée qui pactise avec l’imprévu, l’irrationnel et parfois l’absurde. Depuis cet espace restreint, mes clichés pris à la volée fixent des instants de ce fébrile espace-temps comme témoins de souvenirs fugaces d’un espace public dans notre mémoire collective.

Face à mes photographies, il est possible d’observer le travail manuel sur la surface du papier, équilibre entre l’image imprimée et l’image restituée unique. Pas d’ajout, pas de collage, pas de montage. Dans la couche pigmentaire les repentis d’outils, les salissures, les traces des gestes sont visibles. Si toutefois mes interventions peuvent évoquer le registre du dessin, elles modifient aussi les couleurs et les matières de l’encre pigmentaire. Ce processus de dépigmentation photographique dépouille l’épiderme du papier photographique de son pigment pour l’enrichir du blanc de son âme qui peut tour à tour être lumière, couleur, espace. Dans la stabilité du format carré, je simplifie, trie, oppose, architecture. Le travail lent du plasticien efface les éléments anecdotiques et fusionne avec l’instantané donné.

Chaque image appartient à une série exploitant les diverses formes du détail : les coupes dans le paysage, les images dans l’image créées par les reflets ou par les dessous de ponts, les parties, corps ou objets, vues à l’intérieur des habitacles, le hors champ de la cabine des camions, le all-over produit par les balais de lavage mais aussi la fragmentation et les agrandissements du tirage lui-même.

Avant de travailler ainsi le papier photographique, j’ai réalisé pendant plusieurs années, des sculptures abstraites en feuilles de verre peintes ou de miroirs grattés, jouant avec la liberté offerte à la peinture d’être dans l’espace, sans cadre, sans fond. Les parcelles de miroir et leurs reflets ont apporté des images mobiles. J’ai ajouté ensuite des fragments de mes images imprimées comme des images fixes revenant à la pratique de la photographie.

C’est ainsi qu’en travaillant en volume et en plan, la photographie s’est révélée être composée de matériaux dont l’action de dépigmenter dévie les origines réalistes de l’image et ouvre l’image sur le trouble entre illusion et intention.

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Aline Isoard a participé à  l'exposition de la galerie Art et Miss sur le thème suivant :​

  • Novembre 2020 : La photographie tout un art

 

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La photographie, tout un art - Novembre 2020